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« Nouvelles filiations, nouvelles parentalités »

Mieux comprendre les familles contemporaines pour mieux comprendre les jeunes

Mis en ligne le jeudi 13 novembre 2008.

Lors des journées "neujpro 2008" à Vichy [1], la sociologue Cécile Ensellem est intervenue sur le thème « Nouvelles filiations, nouvelles parentalités » ...

Cécile Ensellem a tout d’abord souhaité interroger l’appellation de l’intervention qui lui a été présentée : « "Nouvelles filiations, nouvelles parentalités" , m’a tout de suite interpellée. Il s’agissait très certainement d’aborder précisément ces nouvelles configurations de la famille, recomposées, monoparentales… je me suis également interrogé sur la raison pour laquelle des professionnels pouvaient s’intéresser à la famille. Il se trouve que la dimension filiale et familiale du jeune est très importante. Pour mieux comprendre le jeune il est nécessaire de mieux comprendre la famille d’aujourd’hui.

J’ai souhaité réinterroger cette notion de nouveauté, à travers un panorama de la famille, des familles aujourd’hui. (en se penchant à chaque fois sur le vécu des enfants et des adolescents). » (...)

Cécile Ensellem estime qu’aujourd’hui « la famille est fortement centrée sur l’intérêt de chacun de ses membres, plus que sur le groupe en tant que tel. Ceci est le résultat d’un processus d’individualisation. Mais ce processus est souvent mal compris. Il n’a pas fait naître des personnes devenues égoïstes, égocentriques. L’individualisation n’a pas supprimé les liens entre individus au sein de la famille. La qualité prime sur la quantité, les liens sont plus choisis, plus sélectifs. . D’ailleurs, la solidarité familiale n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui, comme le montrent les travaux de Claudine Attias-Donffut. »

L’intervenante estime par ailleurs que « la "puissance paternelle" qui attribuait au père le pouvoir à l’égard de l’enfant a été supprimée et remplacé par « l’autorité parentale conjointe ». Les parents sont désormais à égalité dans l’éducation de leurs enfants. Par ailleurs, cette égalité doit se poursuivre au-delà de la séparation : le couple parental doit survivre au couple conjugal. D’une certaine manière, si l’on peut rater son mariage ou son concubinage, on doit réussir son divorce ou sa séparation du point de vue parental. L’idée est que l’enfant a droit à ses deux parents. Bien sûr, cette nouvelle norme, sorte d’idéal - ne pas se séparer de ces enfants - est souvent difficile à suivre pour les parents. »

Dans la deuxième partie de son intervention Cécile Ensellem a abordé le thème des nouvelles figures de parenté, les nouvelles filiations et les nouveaux questionnements : la monoparentalité, la famille recomposée, les familles adoptives, les familles homoparentales.

L’identité du jeune est multiple, et s’appuie sur plusieurs appartenances : dont une des dimensions reste la famille

Dans sa conclusion, Cécile Ensellem estime que :

« Le paysage familial aujourd’hui est donc constitué de configurations très nouvelles qui côtoient des situations encore très classiques. Il est plus difficile qu’il n’y paraît de distinguer les familles traditionnelles des familles dites nouvelles. Toutes suivent le même mouvement d’individualisation et toutes se réfèrent donc à des schémas perçus comme très modernes ou très traditionnels. La complexité de la famille aujourd’hui, c’est à la fois la persistance de points communs, d’un modèle commun de référence, les individus ne font pas leur menu familial à la carte. Les normes sont encore bien présentes et parfois pressantes comme celles qui consistent à réussir son divorce par exemple

Elles font surgir donc des questionnements très nouveaux en même temps que très traditionnels, spécifiques en même temps que très communs. Derrière les familles : exclusivité, égalité, attachement à une forme de filiation biologique très complexe de la part des adultes comme des enfants.

Les origines et la filiation biologique sont un repère de plus en présent dans la vie des gens. Quel que soit le type de famille (les filiations inédites comme les familles immigrées) les origines interpellent, dès l’adolescence. Les enquêtes généalogiques dans lesquelles beaucoup de personnes se lancent en témoignent. Les personnes cherchent d’ailleurs à confirmer leur identité derrière leurs recherches de leurs origines. Elle montre bien les paradoxes de notre époque : centré sur leur choix, leur libre-arbitre, leur autonomie, les individus accordent une importance à leur famille et culture d’origine qu’ils n’ont donc pas choisis, puisqu’elle leur est en quelque sorte assignée. Les personnes semblent de plus avoir besoin de s’enraciner, de s’attacher peut-être précisément au regard du nombre d’incertitudes qui pèsent sur leur avenir.

L’identité du jeune est multiple, et s’appuie sur plusieurs appartenances : dont une des dimensions reste la famille. »

compte rendu et extraits par "ressources jeunesse"

Télécharger le texte de l’intervention de Cécile Ensellem : « Nouvelles filiations, nouvelles parentalités »


Cécile Ensellem

Mieux comprendre les familles contemporaines pour mieux comprendre les jeunes

 

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